La première femme suisse devenue présidente de la Confédération s’est adressée aux participantes du Sommet Mondial des Femmes

Par Catherine Jacob, volontaire suisse du CEVI

C’est d’une voix tranquille et avec une présence forte que la première femme suisse devenue  présidente de la Confédération s’est adressée aux participantes du Sommet Mondial des Femmes dans sa partie finale. Ses paroles engagées ont apporté un éclairage pragmatique à l’issue de ce congrès : « nous devons agir ».

Selon elle, la Suisse constitue à la fois un bon et un mauvais exemple: par rapport aux droits de vote, notre pays est l’un des derniers, si ce n’est le dernier à avoir accordé le droit de vote aux femmes: cependant, ce sont bien les hommes qui l’ont voté, ce qui est positif. Elle exprime ensuite son indignation à ce qu’à la création de l’UNO Femmes, cette instance internationale ait obtenu moins de fonds que les budgets réunis des quatre associations qui formaient sa base. Et sa consternation ä ce que la Suisse n’ait pour l’instant pas contribué financièrement à son démarrage.

La Suisse est réputée pour prendre beaucoup de temps pour instaurer des changements : au point qu’Einstein disait qu’il aimerait bien mourir en Suisse, puisque tout s’y passe à retardement. Cependant, une fois les changements institués, la mise en œuvre peut être rapide: nous avons ainsi actuellement un gouvernement composé en majorité de femmes. Cette annonce suscite les applaudissements de la salle.

Le message de Ruth Dreifuss, active de longue date dans le travail syndicaliste, souligne l’importance de concrétiser les décisions prises. Les instruments légaux et juridiques sont essentiels à haut niveau, mais restent inutiles s’ils ne sont pas ensuite implémentés dans des actions au sein de la base.

Quel soutien pour les participantes de ce sommet mondial que d’entendre cette femme engagée exprimer ce qui la touche dans le travail des YWCA mondiales. Elle mentionne trois aspects remarquables à ses yeux de l’activité du mouvement.

Premièrement, des actions concrètes contribuant à plus d’égalité et de justice, en luttant contre toute forme de discrimination.

Deuxièmement, elle une vision systémique dans l’analyse des problématiques, où tout est lié : la violence qui dépend du statut de la femme dans la famille, des possibilités d’engagement professionnel, lesquels sont liées à la qualité de l’éducation. Pour elle, il s’agit de continuer à mobiliser un système millénaire, mis en mouvement il y a déjà cent ans, mais qu’il s’agit de continuer à faire évoluer. Notamment pour que les différentes formes de discriminations ne se nourrissent pas les unes les autres.

Troisièmement, le fait de mettre l’accent dans ce Sommet mondial sur les pires discriminations, les souffrances les plus extrêmes, implique de mobiliser la solidarité profonde de tous, afin de ne pas laisser de côté les femmes sacrifiées dans de nombreux domaines. En les thématisant, ce sont toutes les autres souffrances qui sont ainsi prises en compte. Sûr que la voix profonde avec laquelle cette femme modèle s’est exprimée et le fait de s’adresser à des « consœurs », a réconforté et renouvelé l’énergie de celles engagées sur le terrain et qui vivent ces souffrances en direct ou dans leur propre existence.

C’est également en sa qualité d’experte du terrain que Ruth Dreifuss a transmis ses réflexions et conseils aux responsables des YWCA mondiales, en ces termes: Sur la base des analyses à la fois locales et globales, comment aller plus loin ? Il convient de chercher des alliés, à solliciter de manière spécifique et de cas en cas, en fonction des objectifs visés; il faut exiger des comptes, dans l’idée qu’il n’est pas acceptable que des politiciens ne tiennent pas leurs promesses. Il faut exiger la mise en œuvre des instruments juridiques et légaux qui sont votés, et faire en sorte que des femmes soient engagées dans les groupes qui les mettent en application. Il est important d’offrir aux femmes des espaces pour qu’elles puissent se développer, se former, oser prendre des responsabilités politiques, au plus haut niveau, même avec la peur au ventre les premières fois. Il faut également dénoncer le fait que les femmes soient sous-représentées dans les gouvernements, montrer leurs compétences.

Pour ce faire, il faut grimper les échelons à plusieurs, dans le but d’avoir davantage de forces pour tirer ensuite les autres et atteindre ainsi une masse critique suffisante. Enfin, il est fondamental d’utiliser les instruments formels existants pour argumenter les revendications des femmes sur le terrain. Et en conclusion, il est important que celles qui occupent des postes à responsabilités continuent à s’inspirer du travail de la base, sans quoi elles ne sont rien et ne fassent pas de vaines promesses.

En résumé, un plaidoyer pour créer des espaces sûrs, favoriser la prise de responsabilités, et l’obligation de changer les choses qui sont possibles.

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