Je suis Bibiche Ritha KANKOLONGO, secrétaire Générale Nationale de la YWCA de la RD Congo. Hormis mes tâches de secrétaire Générale de notre YWCA, je suis formatrice et Intervenante en psychothérapie. C’est ainsi que j’anime des longues et courtes sessions de formations sur divers thèmes (techniques d’animation, estime de soi, peur…..) avec les jeunes, les plus jeunes et les adultes. En tant qu’Intervenante en psychothérapie, j’assure avec d’autres collègues Intervenantes, l’accompagnement des personnes en situation de détresse et/ou survivante des violences basées sur le genre et d’autres traumatismes au sein de notre centre d’Accompagnement psychothérapeutique et juridico médical « Oasis de paix ».
Je voudrais articuler ma pensée pour cette semaine sans violence de la YWCA Mondiale par ma perception de la violence et comment elle est vécue dans mon pays.
En effet, je suis en contact avec des filles et femmes survivantes de violence dont la plupart tournent autour des violences sexuelles, d’abus sexuel chez les petites filles et femmes ainsi que des cas des violences domestiques.
Je suis toujours frappée par le fait qu’un être humain porte atteinte au bien-être intégral d’une autre personne, surtout lorsqu’il s’agit d’une petit fille innocente et sans défense. La plupart d’entre elles disent combien elles ont été effrayées et sont inquiètes face à leur avenir. Leur vie change du tout au tout en un clin d’œil.
A Kinshasa, capitale de la RDC, on constate de plus en plus des abus sexuels à l’école, en famille (inceste) de fois parce que les adultes ont des croyances selon lesquelles, les relations intimes avec les petites filles leur confèrent de la chance, la fortune ou une bonne santé.
Souvent ces actes sont gérés à l’amiable pour préserver les rapports familiaux harmonieux, éviter que la fille soit indexé par les jeunes de son âge. Les jeunes filles ou adolescente vivent la même situation avec de fois l’angoisse d’être abandonné par un fiancé ou de renoncer à son projet de mariage, la honte mais aussi le manque des moyens pour ester en justice…. Quelques fois, ces filles sont obligées de quitter leur milieu pour aller habiter chez un membre de leur famille ajoutant une autre conséquence à toutes les réactions post traumatiques.
Nos coutumes et traditions contribuent aussi à renforcer d’autres types de violences dans nos familles. A titre d’illustration, prenons la tradition qui consiste à faire un rituel de deuil lorsqu’une femme perd son mari. Ce moment de deuil se transforme souvent en occasion pour la belle famille de se venger contre celle qui a profité de l’argent de leur frère avec ses enfants sans penser à eux. Cette vengeance va des insultes, moqueries, à des traitements comme priver la veuve de nourriture, de bains avant, pendant ou après l’enterrement.
Sans compter le nombre des jeunes filles obligeaient de se marier précocement ou à qui on impose un conjoint parce que riche ou bien parce que la coutume l’exige dans certains coins de la RDC.
En tant que congolaise de la RD Congo, je ne pourrais pas manquer de mentionner la situation de l’est de mon pays. En effet, le monde entier sait actuellement que la RDC connaît depuis plus d’une décennie des guerres récurrentes aux multiples facettes avec des conséquences désastreuses à l’est de son territoire. J’ai été à Goma (Nord-Kivu, est de la RDC) au mois de juin et voudrais épingler le fait que la tendance générale est de ne voir de cette guerre que le fait que le viol y a été utilisé comme arme de guerre. Alors qu’elle représente aussi des nombreuses familles sans toit marchant à pieds avec des petites filles et des petits garçons, des champs abandonnés, des camps de refugiés bondés de monde, c’est être obligé de courir parce qu’un coup de feu éclate de nulle part, c’est voir des personnes traumatisées avec un sentiment d’avenir bouché et de difficulté de se projeter dans l’avenir…. A la Présidente de la YWCA-Nord Kivu de déclarer : on ne peut jamais imaginer ce que nous endurons au quotidien, il faut seulement le vivre. Je me suis demandé si un jour tout ceci ne pourra plus qu’être un passé douloureux pour tout un peuple, une nation qui d’une façon ou une autre sont affectés par un traumatisme.
Car, cela laisse des séquelles qui ne sont pas toujours visibles et les effets ne se manifestent pas toujours immédiatement, ni de la même manière. Il arrive d’ailleurs souvent, qu’une survivante soit traité de sorcière car réagissant d’une manière étrange.
La tendance pour beaucoup de gens dans nos communautés est de croire que lorsque qu’on a soigné les blessures et dommage physique, la personne est hors de danger. Alors que le psychisme requière le même soin sinon plus.
En conclusion, que ce soit à Kinshasa, à l’est comme dans d’autres provinces de la RDC, les violences à l’égard des filles et femmes ont lieu avec des nombreuses conséquences. Il est très important que notre réponse soit spécifique et complète. Notre YWCA se propose d’étendre son programme d’Accompagnement psychothérapeutique et juidicomédical (financé par le Service des Eglises Evangéliques en Allemagne pour le Développement, EED en sigle) dans toutes ses branches en commençant par les branches en situation de conflits pour lesquelles l’urgence s’impose. Mon rêve est de voir plusieurs centres « Oasis de Paix » naître et offrir aux filles et femmes survivantes un espace où elles vont être accompagné en vue d’intégrer cet évènement douloureux dans leur histoire. Elles pourront dire avec notre campagne de sensibilisation, je cite : « mon bien-être compte le plus ».
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