La violence familiale au Togo

La violence à l’égard de la femme se définit comme tout acte, toute négligence, toute crainte, toute menace dans quelque domaine que ce soit, infligeant ou susceptible d’infliger un traumatisme physique, sexuel ou psychologique à cette dernière.

Elle suppose la contrainte, l’abus de la force quelle soit physique ou morale ainsi que des sévices exercées sur les femmes.

Nina-Nicole Deboe

Je suis Nina Nicole Améyo DEBOE, jeune femme togolaise de 25 ans, Juriste-Assistante dans un Cabinet d’Avocats à Lomé, la capitale du TOGO et membre de la YWCA-TOGO.

Je suis intéressée à écrire particulièrement sur le sujet de la violence familiale telle qu’elle se vit ou se pratique encore dans mon pays, le Togo car les hommes pensent toujours être supérieurs aux femmes, l’immixtion des membres de la famille élargie dans les rapports entre les époux et leurs enfants influence aussi fortement la manière dont est considérée la femme, ce qui est tout à fait contraire à la loi.

La persistance des cas de violences est d’abord due au fait que  la culture africaine veut que la femme soit sous la domination de l’homme, c’est ce qui fait que  de nombreuses femmes victimes de violence ne savent pas qu’il existe des textes juridiques sur lesquelles elles peuvent se baser pour obtenir réparation.

Par ailleurs, lorsqu’elles sont informées de leurs droits, elles rechignent à dénoncer leur conjoint ou leurs parents auteurs desdites violences par peur de ne pas exposer leur vie intime. Les parents, les amis et l’entourage contribuent également à ces violences en trouvant des excuses ou en exerçant des pressions sur la victime sous prétexte de préserver la paix et l’unité de la famille.

Mon histoire se déroule à Lomé, la capitale du Togo.

Akuavi et Klutsè sont mariés depuis dix (10) ans. Ils ont quatre (04) enfants, deux (02) garçons et deux (02) filles dont la cadette vient de naître.

Klutsè est maître menuisier et avec l’argent qu’il a pu économiser, il s’est acheté un petit lopin de terre sur lequel il s construit une maison  dans la quelle il est allé vivre avec sa femme Akuavi  et les enfants. Akuavi, quant à elle, vend des oranges et des bananes devant leur maison.

A la suite  d’une courte maladie, Klutsè est malheureusement décédé. Il fut enterré selon les coutumes dans son village natal à VOGOME. Après six (06) mois de veuvage avilissant durant lesquels Akuavi fut interdite d’exercer son petit commerce. Par ailleurs, elle se devait d’accomplir plusieurs rites dont aller allumer un lampion chaque soir sur la tombe de son défunt mari.

A la fin de cette période de veuvage éprouvant, la belle-famille d’Akuavi lui demande d’épouser son beau-frère, cultivateur à VOGOME, qui a déjà deux femmes et sept enfants. Akuavi oppose un refus catégorique à cette demande.

C’est alors qu’un beau matin, les frères de son mari décédé viennent dans la maison où vivait Akuavi et ses enfants à Lomé et lui demandent de se prononcer définitivement sur la proposition d’épouser son beau-frère. Constatant qu’elle est restée ferme sur sa position de ne pas épouser son beau-frère, Akuavi a été renvoyée de la maison avec ses enfants et le bébé maintenant âgé de dix (10) mois au dos.

 C’est alors que commence une vie de calvaire pour Akuavi. Qui prendra soin de ces orphelins ? Pour trouver de quoi subvenir aux besoins de ses enfants, Akuavi décide de devenir porte-faix au grand marché de Lomé ; c’est ainsi qu’elle va laisser ses trois (03) enfants chez sa mère au village et revient à Lomé son bébé au dos. Toutes les deux (02) semaines, elle doit envoyer de l’argent et des vivres à sa mère et aux enfants.

Les beaux-frères d’Akuavi ont quitté VOGOME pour venir s’installer dans la maison de laquelle ils ont chassé Akuavi et les enfants de leur défunt frère. Mais environ deux (02) ans après et suite à une dispute entre eux, ils décident de vendre ladite maison et de se partager l’argent issu de la vente. Ce qui est fait. C’est la belle vie à Lomé avec des centaines de milliers de Francs CFA en poche. Cet argent a vite fait de s’épuiser, ils finissent par retourner au village où ils deviennent la risée des villageois qui les avaient pourtant encouragés à prendre possession de la maison de leur frère Klutsè.

A Lomé, la vie n’est pas du tout facile pour Akuavi.  Ses moyens financiers étant très limités, ses trois (03) enfants ne peuvent plus continuer leur scolarité. Akuavi décide d’enlever sa fille ainée Gloria de l’école afin que les garçons puissent continuer car selon elle « qu’est ce que l’école pour une fille ?».

Voici donc la malheureuse histoire d’Akuavi.

Les violences contre la femme existent et continueront à exister si les femmes n’agissent pas.

Les progrès réalisés en Occident sont le fruit d’une lutte commune des femmes pendant des siècles. Les femmes africaines arriveront-elles à mettre fin aux violences en Afrique ?

Dès le commencement du monde, homme et femme ont été crées égaux en droit et en dignité (Genèse 1 : 27).

D’où revendiquer sa dignité n’est qu’une restauration de l’équilibre originel.

Pour cela, notre lutte doit consister à :

-         Revaloriser notre dignité en tant qu’être humain

-         Participer à la gestion de la cité de manière informelle et formelle

-         Renforcer nos capacités économiques pour réduire notre dépendance

Comment le faire ?

-          Lutter contre l’ignorance par la formation des femmes à tous les niveaux

-         Dénoncer les violences qui se commettent dans tous les milieux

-         Exploiter tous les instruments juridiques signés et ratifiés par nos Etats pour les faire valoir à qui de droit

-         Renforcer la solidarité entre les femmes sans distinction de catégories ni d’âge

Ce n’est que par le changement social qu’on arrivera à un développement harmonieux de notre pays et de l’Afrique pour changer nos vies et nos communautés.

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